Question Santé       Facebook  Twitter  header vimeo
Inscription Newsletter  INSCRIPTION NEWSLETTERS  PRESSE

Débats n° 71

Notre rubrique « Débats » donne la parole aux groupes politiques démocratiques.

Condamnation de la Belgique pour le manque de places pour les personnes handicapées : comment en est-on arrivé là ?

« Ce lundi 29 juillet, la décision du Comité Européen des Droits Sociaux a été rendue publique : l’Etat belge est condamné pour le manque de solutions d’accueil des personnes handicapées adultes de grande dépendance. »
Ces quelques mots introduisent le communiqué de presse du Comité belge de la Fédération internationale de la Ligue des droits de l’Homme et de la vingtaine d’associations requérantes. Ce communiqué nous étonne peu vu les huit années de sit-in des associations et les très nombreuses interpellations parlementaires FDF et autres mais la situation catastrophique des familles poussées à devoir faire condamner la Belgique ne cesse de nous scandaliser.

« Cette condamnation est sans appel, aucun argument de l’Etat n’a été retenu face à la flagrante violation de plusieurs articles de la Charte sociale européenne et des droits des personnes les plus fragiles et démunies de notre société. » Face à cela, nous nous posons deux questions : comment en est-on arrivé là et quelles solutions pour répondre à cette condamnation honteuse ?
Comment les pouvoirs publics ont-ils pu laisser la situation se dégrader ainsi ? La Belgique était réputée pour sa politique des personnes handicapées tant au niveau de l’enseignement que des solutions d’accueil. Au moins deux faits ont changé la donne : l’allongement de l’espérance de vie sans aucune vision politique de cette évolution et une régionalisation de cette compétence sans moyens ni coopérations suffisants - En retiendra-t-on la leçon pour la réforme de la sécurité sociale en cours ? -.

Que faire ? Les FDF défendent quatre lignes d’actions institutionnelles et politiques :

définir, tous niveaux de pouvoir confondus, un projet de société global pour les personnes handicapées pour construire une vraie inclusion de la personne handicapée dans notre société, dans le sens de la convention ONU sur les droits des personnes handicapées. Les conférences interministérielles liées au handicap doivent être plus régulières, mieux suivies et efficaces pour « augmenter, diversifier et améliorer l’accueil et le soutien des citoyens les plus faibles » ;connaître, tous niveaux de pouvoir confondus, le nombre et les besoins des personnes en situation de handicap, spécialement pour les personnes de grande dépendance, et de leurs proches aidants ;conformément aux conclusions du groupe de travail « Matières personnalisables » du Groupe Wallonie – Bruxelles, développer une collaboration efficace entre la Région wallonne et la Commission communautaire française au sein d’une Agence francophone du Handicap ;établir au niveau de la Région bruxelloise et de la Cocof, un plan pluriannuel de création de places d’accueil pour la grande dépendance, plan qui doit se décliner de manière transversale au travers tant des politiques du logement, de l’urbanisme, des travaux publics, de l’action sociale que de la politique « personnes handicapées ».

Pour les FDF, seul un « réflexe handicap », présent lors du développement de tout projet politique et de gestion publique, permettra de créer une vraie société inclusive des personnes en situation de handicap et un soulagement pour leurs familles.

Caroline PERSOONS
Députée FDF à la Région bruxelloise et
à la Fédération Wallonie-Bruxelles
Echevine de la Culture, Lecture publique,
Médiathèque, Centres de quartier,
Animations à Woluwe-Saint-Pierre

La réduction des risques – la mal-aimée.

Même si elle sauve des vies à bas prix, la réduction des risques (RDR) n’entre pas dans les missions de l’INAMI, se heurte à l’illégalité des substances et à des ingérences du monde judiciaire et policier, se situe à la croisée de différentes logiques institutionnelles, est sous-financée et mal comprise. À la suite des auditions et recommandations en commission de la santé du PFB, Ecolo réaffirme que le concept de la RDR doit s’inscrire dans le champ législatif à tous les niveaux de pouvoir et des complémentarités entre eux doivent être réfléchies.
De plus, comme s’il fallait qu’un paradigme s’affirme aussi dans le champ des toxicomanies, plus un travailleur social s’adresse à un public marginalisé, plus il semble qu’il doive œuvrer dans des structures sous-financées : d’où la volonté de reconnaître la RDR comme 4ème pilier des politiques en matière de drogues (à côté de la répression, du soin et de la prévention) et rééquilibrer les masses financières afférentes. Ce serait d’autant plus judicieux que traiter trois personnes contaminées par l’hépatite C correspond à ce qu’il faudrait comme matériel d’échange pour toute la FWB, soit 200.000 € (actuellement les comptoirs fonctionnent avec 30.000 €).
Il faut accueillir les toxicomanes hors des structures spécifiques médicales ou répressives grâce à la formation des professionnels généralistes dans le sens d’une démarche inclusive associant le monde social, de la santé, du travail, de la formation, du logement, le monde pénitentiaire et ce notamment par des formations. Cela implique des moyens supplémentaires également pour le financement de matériel stérile d’injection dans les comptoirs, pharmacies et bornes automatiques. Le testing doit faire partie d’une politique de santé publique. Il faut augmenter la capacité de l’accueil à bas seuil. Quant aux salles de consommation, elles font partie de l’arsenal de la RDR.
Le futur plan bruxellois RDR est attendu qui devra trouver sa place dans le cadre d’un plan drogue en cohérence avec les autres niveaux de pouvoir... tout en s’inscrivant dans la VIème réforme de l’État. Fatalité ? Plutôt une tâche ardue à saisir comme une opportunité de cohérence des politiques de santé et de légitimité de la RDR.

Dominique Braeckman
Députée Ecolo

Réduction des risques : le Parlement Francophone Bruxellois est précurseur en Belgique !

Cela a déjà été évoqué dans cette rubrique, le secteur de la Réduction des Risques traverse de grandes difficultés : sous-financement à caractère chronique, sentiment de manque de légitimité, cohabitation difficile avec le pouvoir judiciaire et inquiétude par rapport à la Réforme de l’Etat entachent le moral des travailleurs. Interpellés par les acteurs du secteur, la commission santé du Parlement Francophone Bruxellois (PFB) a effectué tout un travail sur la thématique.

Née dans les années 80, avec la pandémie du Sida, la réduction des risques avait pour but de préserver au maximum les usagers de drogues des risques infectieux. Aujourd’hui, elle sert à limiter les dommages sanitaires et sociaux occasionnés par la consommation.

Il s’avère que la littérature scientifique internationale foisonne d’études démontrant l’efficience de cette approche. Autrement dit, investir dans ce secteur est coût-efficace au niveau sociétal. Malheureusement les politiques belges sont frileux à s’engager pour soutenir ouvertement ces dispositifs. Aujourd’hui, le PFB fait figure de précurseur en réaffirmant avec force la nécessité de pérenniser les dispositifs existants et de travailler de manière approfondie à changer les mentalités autour de l’usage de drogues.
Adoptées à l’unanimité des groupes politiques, ces recommandations marquent également le soutien à toute une série de pratiques, dont les comptoirs d’échange de seringues, les salles de consommation à moindre risque, et les bornes de prévention.

Je fais le vœu ici que ce texte, particulièrement progressiste, puisse encadrer la rédaction du Plan bruxellois de réduction des risques et la coordination des politiques en matière de drogues sous la contrainte de la Réforme de l’Etat !

Catherine Moureaux
Députée bruxelloise PS

Lutte antidopage chez les jeunes : avant tout une question de sensibilisation

Récemment, l’actualité sportive nous a rappelé que la lutte contre les pratiques de dopage dans le sport constitue un véritable enjeu de santé publique. En repoussant les limites biologiques au-delà des capacités naturelles du corps, le sportif qui recourt à des substances dopantes se met, en effet, en danger à court et à long terme.
Mais, s’il est davantage médiatisé dans le milieu professionnel, le dopage n’est pas l’exclusive des athlètes de haut niveau. Les pratiques inadéquates auraient même tendance à se répandre, par exemple lors de manifestations sportives pour amateurs ou dans les salles de musculation et de fitness. Dans ce cadre, les jeunes, souvent plus vulnérables, ont davantage tendance à succomber à l’attrait de produits interdits, que ce soit par méconnaissance des dangers du dopage sur leur santé ou par l’appel de la performance. Il importe donc de mettre l’accent tout particulièrement sur la sensibilisation dès le plus jeune âge.
Pour enrayer ce phénomène qui touche à la fois au sport et à la santé, les différentes Organisations antidopage belges travaillent en étroite collaboration pour harmoniser les réglementations.
Au niveau bruxellois, la Cocof s’est engagée durant cette législature à favoriser les actions de sensibilisation auprès des jeunes, notamment en soutenant le « Plan fair-play » et l’action « Sportez-vous bien, mangez malin » qui abordent, entre autres thèmes, l’importance de la nutrition et les dérives du dopage dans les écoles.
Citons également cette ordonnance relative à la promotion de la santé dans la pratique du sport, à l’interdiction du dopage et à sa prévention votée à la Cocom en juin 2012 qui, en plus de lui permettre de respecter ses obligations internationales, lui donne aussi un réel cadre législatif pour organiser le programme et les modalités de la lutte antidopage sur un axe aussi bien préventif que répressif.
Des initiatives qui vont dans le bon sens. Il est essentiel que le sport garde sa fonction éducative et continue à véhiculer des valeurs essentielles comme le respect, l’entraide, l’altruisme ou encore le goût de l’effort.

Pierre MIGISHA
Député CDH bruxellois

La Belgique condamnée pour le manque de solutions d’accueil pour les personnes handicapées de grande dépendance

Ce 29 juillet 2012, le Comité Européen des Droits Sociaux condamnait l’État belge pour le manque de solutions d’accueil pour les personnes handicapées de grande dépendance. Cette décision fait suite à une réclamation collective introduite par une vingtaine d’associations représentatives du secteur du handicap en Belgique.
Notre état violerait les droits des adultes handicapés de grande dépendance, et de leurs familles.
La plainte porte sur un manque criant de places d’accueil et d’hébergement pour les personnes handicapées adultes de grande dépendance, c’est-à-dire les personnes polyhandicapées, celles souffrant d’autisme, de lésion cérébrale acquise ainsi que les personnes atteintes d’une infirmité cérébrale.
En Belgique, on estime que 10% de la population serait atteinte d’un handicap et que sur ces 10%, 0.5% serait atteint d’un handicap de grande dépendance qui nécessiterait un service d’accompagnement. En région bruxelloise, on peut donc estimer que sur un peu plus d’un million d’habitants, 5.000 personnes au minimum, seraient atteintes d’un handicap de grande dépendance.
Il est impossible de donner avec davantage de précision un état des lieux des demandes de places pour les personnes handicapées de grande dépendance sur le territoire de la région bruxelloise. On ne peut que déplorer cet état de fait. Il est en revanche communément admis par tous et maintenant révélé par cette plainte, qu’il existe un manque de places dans les centres de jour et les centres d’hébergement pour personnes handicapées et particulièrement de grande dépendance. En région bruxelloise, à peine 1.137 places sont mises à disposition par les Commissions communautaire française et commune.
Il devient extrêmement urgent que notre pays prenne ses responsabilités vis-à-vis de cette population largement délaissée. Les ministres compétents doivent prendre les dispositions nécessaires pour pallier à ce manque de places et cela peu importe les difficultés budgétaires.

Au groupe MR, nous attendons de pied ferme le futur projet de Décret Inclusion de la Ministre Evelyne Huytebroeck. Il faudra que celui-ci satisfasse un certain nombre de demandes émanant du secteur associatif et des familles. À commencer par un recensement des besoins et un « Plan Grande dépendance régional » pour Bruxelles. Il devra assurément augmenter l’offre de répit afin de soulager quelque peu les familles.
Enfin, notre souhait au MR, est de parvenir à ce que chaque personne porteuse d’un handicap puisse le plus tôt possible, faire le choix de son lieu d’accueil, de son médecin, de son mode de vie, et pour ceux qui le désirent, de son emploi, de sa vie affective, relationnelle et sexuelle. Chacun a droit à ce genre de choix existentiels, handicapé ou non.

Gaëtan Van Goidsenhoven
Chef de groupe MR au Parlement
francophone bruxellois

Partager