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Développement durable et santé

La santé, le parent pauvre du développement durable à Bruxelles ?

Lorsque l’on aborde les questions de santé dans une perspective de développement durable, c’est bien souvent via ses déterminants que le fil est tiré. Logement, développement économique, alimentation, mobilité... : autant de thématiques abordées lors du cycle de débats « La ville comme écosystème », organisé par Brussels Academy et Bruxelles Environnement. Mais de santé en tant que telle, on a très peu parlé...

Vivre en ville, c’est habiter, bâtir, produire et occuper un espace collectif restreint. Des contraintes qu’une ville en croissance comme Bruxelles rencontre évidemment et auxquelles elle tente d’apporter des réponses cohérentes, malgré son découpage institutionnel complexe. Des réponses qui ne sont pas sans impact sur la santé. La santé de tous, mais sans doute encore plus celle des quartiers défavorisés. Aujourd’hui, cette croissance s’envisage en tenant compte d’objectifs sociaux, économiques et environnementaux, afin d’être en adéquation avec les principes du développement durable. Il s’agit d’intégrer ces différentes dimensions dans une perspective globale. Mais la santé fait-elle réellement partie des préoccupations lorsque l’on envisage les enjeux du développement durable pour une ville comme Bruxelles ?

Quelle transition durable pour Bruxelles ?

Un cycle d’ateliers-débats « La ville comme écosystème », organisé par Brussels Academy et Bruxelles Environnement, a abordé la thématique du développement durable, en avril et mai derniers. Plusieurs sujets ont été traités lors de ces rencontres : une définition de l’écosystème urbain et la proposition d’un modèle pour Bruxelles, l’enjeu de l’alimentation, l’eau dans la ville, la gestion du vert ou encore la mosaïque paysagère bruxelloise. Un cycle qui s’est clôturé par un grand débat sur la transition durable à Bruxelles, le 23 juin dernier. Malgré une participation citoyenne relativement faible, la soiréedébat a porté sur cinq grands enjeux, issus des ateliers : Bruxelles conçue comme un écosystème, la souveraineté alimentaire, la planification des ressources en eau, la biodiversité et la mobilité. Plusieurs intervenants (Pierre Vanderstraeten, architecte, Chloé Deligne, historienne de l’environnement à l’ULB, Serge Kempeneers, fonctionnaire à Bruxelles Environnement, Christophe Lois, directeur de Perspective Brussels et Alain De Neef, président de Brussels Metropolitan) étaient présents pour débattre avec le public, en l’absence de la ministre Céline Frémault, excusée et non remplacée pour cause de vicissitudes politiques.

Il ressortait de ces débats que Bruxelles est confrontée à une combinaison de phénomènes conjoncturels et structurels qui ont un impact fort sur les plans socioéconomique et environnemental. La croissance démographique est réelle, avec une dualisation sociale forte entre les plus pauvres et les classes aisées. La croissance du bâti est en conséquence, avec des impacts environnementaux comme l’imperméabilisation des sols qui impacts le ruissèlement des eaux dans les fonds de vallée, souvent occupées par les moins nantis. Le développement de nouveaux lotissements diminue les espaces ouverts, les friches et les espaces verts en intérieur d’îlots, ce qui nuit à la biodiversité. La pression automobile reste extrêmement prégnante, tout comme la délocalisation du système de production alimentaire, avec un phénomène de « malbouffe » qui touche les plus défavorisés. La dépendance aux énergies fossiles et nucléaire est également persistante. Des constats assez noirs contrebalancés par des directives assez générales, comme la volonté de tenir compte des inégalités sociales dans le traitement des problèmes environnementaux, ou bien celle de mieux gérer les ressources territoriales en termes d’eau ou de production alimentaire existante. Autre piste à approfondir : le fait d’inclure dans les politiques menées le savoir-faire des habitants, à côté des savoirs sociotechniques et technologiques.

Et la santé dans tout ça ?

C’est de manière très incidente, voire quasi inexistante, que la santé a été traitée lors du « grand débat » du 23 juin. Bon nombre des déterminants des problèmes de santé échappent en effet au contrôle direct du secteur de la santé et dépendent d’autres domaines comme ceux du logement, de la mobilité, de l’énergie ou encore de l’alimentation.
La présentation du plan régional de développement durable (PRDD) par certains intervenants comme une manière de penser la ville de façon plus écosystémique, en concevant un territoire au service de l’habitant, a été soutenue mais également débattue, tout comme le plan Canal pour organiser autrement le métabolisme urbain. Une attention à la question de l’articulation des échelles, de l’échelle micro au plus global, a été mise en avant pour être plus respectueux des humains et de l’environnement. La question de l’alimentation a été abordée en citant le plan Good Food qui vise un éveil, une sensibilisation, une éducation à d’autres modes de comportements alimentaires. La question de l’eau a été envisagée en mettant l’accent sur la nécessité d’une transition d’un système centralisé de production vers une gestion des ressources plus décentralisée et faisant place aux multiples initiatives locales qui peuvent faire la différence dans la gestion des ressources, notamment par la récupération des eaux de pluie. En termes de biodiversité, la réflexion assez générale de savoir si elle est prise réellement au sérieux à Bruxelles a été soulevée. Quant à la mobilité, il s’agit de stopper la fuite en avant et de réaliser les évolutions nécessaires, a fortiori si l’on tient compte des opportunités qu’offre le canal ou encore le réseau S des 33 gares bruxelloises qui pourrait devenir le second réseau de métro à Bruxelles.

Autant de mesures susceptibles d’impacter la santé, mais qui n’ont pas été abordées spécifiquement dans cette perspective. Une conséquence, selon certains, d’un manque d’intérêt des politiques menées aujourd’hui à Bruxelles, à l’égard de cette thématique « Santé ». A ce sujet nous avons interrogé Marie-Anne Swartenbroeckx, membre du conseil d’administration d’Inter Environnement Bruxelles, laquelle est assez critique, notamment quant à la place réservée à la santé dans le tout nouveau PRDD : « L’objectif du PRDD est assez globalement axé sur une rentabilité à court terme des projets envisagés, sans avoir une attention pour la thématique de la santé pour l’ensemble de la population et en particulier celle des plus défavorisés qui est impactée plus fortement. Prenons la question du logement qui est un déterminant essentiel pour la qualité de la vie des habitants : le PRDD se focalise sur des projets immobiliers dans des zones prioritaires qui ne tiennent absolument pas compte des besoins en termes de logements accessibles. La rénovation du bâti ne semble pas une priorité. En revanche, la politique de démolition-reconstruction largement utilisée en RBC a des impacts très négatifs sur l’environnement et partant, sur la santé des habitants. Idem pour la mobilité dont on sait les répercussions en termes de qualité de l’air et de pollution par le bruit. Pourtant, on attend toujours des solutions sérieuses. Et quand solutions il y a, elles sont souvent au détriment des moins nantis. On parle par exemple de projets de zones basse émission qui impliqueraient la disparition des véhicules diesel datant de plusieurs années ; or c’est précisément de ce genre de véhicules dont disposent les familles les plus pauvres. En matière d’espaces publics à créer, on les envisage une fois encore surtout là où on espère une certaine rentabilité et si on envisage des parcs ou des espaces publics dans des quartiers moins riches, comme dans la première couronne, ils souffrent d’un environnement défavorable. La question du bruit est également une source de nuisances énorme et l’impact sur la santé publique est colossal : or, le développement du tourisme de masse, notamment en centre-ville, se fait sans égard par rapport au bruit, pourtant considéré comme une des principales nuisances pour la santé par l’OMS. Quant à la pollution de l’air, la région de Bruxelles-Capitale est en infraction par rapport aux normes européennes et ne dispose pas de stations adéquates, notamment pour la mesure des particules fines. On le voit, tous ces déterminants ont un impact fort sur la santé et nécessitent qu’on joue sur eux pour améliorer cette dernière. Or, le PRDD est très général et poursuit des priorités essentiellement liées au développement économique de Bruxelles. Idem pour le plan Air-Climat.
Tout cela manque d’engagement. »

Nathalie Cobbaut

Le réseau Bruxelles ville en santé, devenu l’instrument des politiques publiques

La Région de Bruxelles-Capitale est membre du réseau européen des Villes-Santé depuis 2001. Ce programme de l’OMS, créé en 1986, a pour but de promouvoir la santé et le bien-être des habitants des villes, en encourageant la participation et la mobilisation citoyenne. Le projet bruxellois cible de façon transversale la lutte contre les inégalités sociales.

Actif entre 2001 et 2013, le réseau a soutenu 2 appels à projets. Un premier appel, lancé en 2003, concernait l’espace public et la participation. Des projets furent initiés avec les habitants de Laeken, Schaerbeek, Molenbeek et Jette, en vue de mettre sur pied un potager urbain, réhabiliter une piscine, améliorer la convivialité dans un quartier de logements sociaux et renforcer le sentiment de sécurité et la qualité de vie dans un quartier défavorisé. L'autre appel à projets, initié pour sa part en 2006, concernait la mobilité avec notamment un projet visant à améliorer l’utilisation d’un parc, l’amélioration d’un noeud de mobilité et le réinvestissement d’un quartier dédié à la prostitution.

En janvier 2013, à la suite d’une évaluation considérant que le projet mené manquait de visibilité et d’impact, il a été rapatrié au sein de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles et s’est vu assigner la mission d’assister le gouvernement afin de lui fournir des analyses, des chiffres et autres données relatives à la santé afin d’établir un plan Santé. Présenté en 2015 pour la seule COCOM, ce plan assez vague ne porte pas vraiment sur une analyse globale de la question de la santé, d’autant que cette matière reste morcelée entre bien des niveaux de pouvoirs.

N.C.

 Pour approfondir la question du lien entre urbanisme et santé : http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0010/102106/E93982.pdf

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