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Promotion de la santé

Les coutures du Plan bruxellois de promotion de la santé

Le premier Plan bruxellois de promotion de la santé est enfin sorti. Pour revoir ou connaître ses grandes lignes, et comprendre les choix opérés, nous sommes allés à la rencontre de la Ministre.

Cécile Jodogne, Ministre bruxelloise de la Santé, en est persuadée : "Préparé dans un délai très court et en concertation avec les opérateurs de terrain, le premier Plan bruxellois de promotion de la santé est à la hauteur des attentes, dit-elle. Davantage en phase avec les besoins réels de la population, il permettra d'adapter les actions aux différents publics"1. Mais que prévoit-il exactement ?

Pour définir un cadre général d'intervention et des objectifs prioritaires en matière de promotion de la santé pour une durée de 5 ans (dès 2018), les auteurs du Plan ont tenu compte des caractéristiques spécifiques de la population bruxelloise. Sa jeunesse, sa diversité, y compris sur un plan ethnique et culturel, ses disparités importantes de diplômes et de revenus, tout comme ses situations d'exclusion, alimentent les inégalités importantes de santé et d'accès aux soins. "Un quart de la population ne se perçoit pas en bonne santé et presque autant reporte ses soins", rappelle la ministre.

BXLS87 IMG5"L'approche thématique et globale laisse la liberté aux opérateurs de proposer des services
et des projets qui allieront rigueur et créativité." (Cécile Jodogne)

Pour répondre aux enjeux et à l'ampleur de ces défis, le Plan trace des objectifs transversaux. "Ils mettent l'accent sur la qualité des interventions qui vont être soutenues, avec le développement de moyens de communication modernes et adaptés aux réalités des groupes les plus vulnérables, un renforcement des compétences des acteurs de terrain, ainsi que la promotion d'une culture de l'évaluation au sein du secteur et la valorisation des 'bonnes pratiques'", détaille Cécile Jodogne.

Par ailleurs, 10 objectifs thématiques ont été listés. Parmi eux, la promotion de l'alimentation et de l'exercice physique occupe une place importante, avec des objectifs d'amélioration du bien-être mais, aussi, de baisse de l'obésité (13% des Bruxellois sont concernés) et de maladies comme le diabète ou les affections cardiovasculaires. Parmi les autres priorités, en promotion de la santé mentale, "les pratiques innovantes en matière de déterminants de santé seront soutenues", précise la Ministre. L'amélioration des programmes de dépistage des cancers devrait être réalisée en concertation avec la Commission communautaire commune (COCOM). Toujours orientée vers la population générale, la poursuite des programmes de prévention contre les Infections Sexuellement Transmissibles vise à articuler des démarches davantage orientées vers les publics les plus exposés au VIH. L'objectif est également de renforcer la prévention en matière de drogues licites (dont l'alcool) et illicites.

De nouvelles manières de travailler

"Parallèlement à la santé communautaire, qui permet une approche globale de la santé, le développement de l'empowerment des individus reste un fil conducteur des priorités que nous avons définies, souligne Cécile Jodogne. L'approche thématique et globale laisse la liberté aux opérateurs de proposer des services et des projets qui allieront rigueur et créativité, en faisant émerger de nouvelles manières de travailler en promotion de la santé. "

La question des inégalités de genre et celle de la santé des femmes occupent également une place centrale dans le Plan. Ainsi, les acteurs de terrain sont invités à développer des projets spécifiques à leur destination, tout en intégrant la préoccupation du genre de manière transversale à travers la constitution d'un réseau y étant particulièrement consacré.

Parallèlement aux actions de terrain, choisies et sélectionnées en fonction de l'appel à projets lancé en juin dernier (lire l'interview de Bruno Vankelegom ci-après), le Plan prévoit également des actions politiques, principalement via une concertation interministérielle. En dépit des complexités institutionnelles bruxelloises, l'objectif consiste à instaurer de manière structurelle des mesures de gouvernance commune en matière de santé au niveau de la Région, tout comme des synergies en médecine préventive.

"Je souhaite que chaque euro investi le soit pour répondre et pour aller à la rencontre des besoins identifiés, afin qu'il n'ait pas à être investi, plus tardivement, pour des problèmes de santé. C'est, aussi, pour cette raison que des incitations aux synergies ont été clairement exprimées dans ce Plan : elles passent par
'évitement des redondances ou des concurrences envers les publics, et par des regroupements susceptibles de maximiser l'efficacité des démarches", détaille la Ministre. Actuellement, le Plan bruxellois de promotion de la santé compte sur un budget de 4,2 millions d'euros. Voilà donc – pour le moment – le cadre dans lequel il faudra impulser une logique régionale.

1. Les déclarations figurant dans cet article ont été prononcées lors de la conférence de presse de présentation du Plan par la Ministre, le 22 juin dernier.

Le Plan était presque parfait...

Le premier Plan bruxellois de promotion de la santé est parvenu à dresser une liste cohérente de priorités. Mais au sein du secteur concerné, cela n'exclut pas de formuler quelques réserves. Bruno Vankelegom les relaie ici, au nom de la Fédération bruxelloise de promotion de la santé.

Votre (jeune) Fédération a-t-elle pu jouer un véritable rôle lors de l'élaboration du Plan bruxellois de promotion de la Santé ?

Bruno Vankelegom : Lors de la concertation, nous avons été écoutés et entendus sur un certain nombre de points. En particulier, nous avons pu réellement faire comprendre ce qu'est la promotion de la santé et aborder la manière de mettre en place ses fondements : on constate que ses principes fondateurs sont bien présents dans le Plan. Cela se traduit clairement par rapport aux inégalités de santé, mais aussi pour les démarches communautaires, véritables fils rouges du Plan.

Sur ce dernier point, notre apport en termes de définitions de ce qu'est la démarche communautaire, de clarification à son propos, de mise en perspective des enjeux qu'elle sous-tend, et de l’intérêt de ses pratiques de terrain ont sans doute pesé. Nous avons insufflé une manière possible d'aborder par cette approche toutes les priorités du Plan, en partant des besoins quotidiens et des ressources de la population, ainsi que de leur participation.BXLS87 IMG6

Dans quel domaine avez-vous eu le sentiment d'être moins entendu ?

Incontestablement, celui de l'opérationnalisation du Plan, puisque l'option choisie pour sa mise en oeuvre a été de passer par un appel à projets. De manière quasi unanime, nos membres ne se sont pas reconnus dans ce choix, instauré sans informations concernant la répartition budgétaire, un point encore plus déstabilisant. Pourtant, d'autres solutions étaient envisageables comme, par exemple, la reconnaissance d'organismes. Au final, cette décision instaure une situation de concurrence vraiment regrettable entre les acteurs de terrain.

La décision d'avancer via des appels à projets place tous les acteurs de terrain dans une situation de concurrence, loin d'être "confortable". (Bruno Vankelegom)

De surcroît, le délai de trois mois prévu pour le dépôt des projets était évidemment assez court, d'autant que certains des appels à projets, ou certaines priorités décrites dans le Plan, ne semblaient pas toujours assez explicites. En pratique, en découvrant le Plan et donc au moment de réfléchir à la présentation de leur projet, de nombreux acteurs se sont demandés que faire et comment procéder!

Un autre point d'achoppement a également été soulevé par les associations : lors du lancement de l'appel à projets, rien n'a été divulgué concernant les refus (faut-il alors attendre 3 ans ou 5 ans pour reformuler ses initiatives ?) et les éventuelles procédures d'ajustement permettant des acceptations plus tardives.
Enfin, les associations comprennent la demande de synergies largement encouragées dans le Plan. Mais, en pratique, ces ententes, à réaliser dans un délai rapide, soulèvent de nombreuses questions. Elles sont loin d'être simples, surtout lorsqu'on se trouve tous placés dans un climat de concurrence !
Bref, il faut bien constater la persistance d'un certain nombre de paradoxes, qui provoquent une zone "d'inconfort" pour les membres de la Fédération.

Comment la Fédération a-t-elle réagi pour porter ces inquiétudes ou ces critiques ?

Nos questions concernant des éclaircissements sur les appels à projet ont reçu des réponses très rapides du cabinet (3 jours). Elles ont permis de préciser les intentions de l'administration, de lever des ambiguïtés, d'aider certaines associations à avancer.

"Nous voulons continuer à jouer un rôle dans le développement du Plan et dans la valorisation de la promotion de la santé" (Bruno Vankelegom)

Pour le reste, comme vous le savez sans doute, nous nous trouvons dans une situation qui a conduit beaucoup de nos acteurs à poser d'office des mises en préavis, puisque le Plan a sonné la fin du standstill (un "statu quo" pour les subventions des projets). Cela implique évidemment une grande insécurité. Dans un tel contexte, la Fédération a insisté sur l'absolue nécessité de recevoir des réponses rapides à l'appel aux projets (et sûrement pas ultérieures au 15 décembre) et, en cas de rejet, motivées très précisément.

Ces difficultés remettent-elles en cause votre approche du Plan ?

Il a été élaboré dans un climat de confiance entre les membres de la Fédération et l'administration ou le cabinet. Il constitue une bonne base pour recommencer quelque chose de fort après la période d'arrêt que nous avons connue, de démarrer une politique bruxelloise, et ces points sont évidemment positifs.

Cependant, il nous semble fondamental que les projets menés actuellement par le secteur puissent se poursuivre. Cela n'exclut pas d'améliorer les pratiques, de soutenir les acteurs, de clarifier les enjeux, de chercher une intersectorialité. En ce qui concerne ce dernier point, de nombreuses associations s'inscrivent déjà dans cette optique, car cette démarche – certes difficile – peut améliorer la pratique de tous. Par exemple, le travail mené par l'ULB sur les attitudes saines, avec de nombreuses associations, a permis des échanges très intéressants.

Enfin, ce Plan se préoccupe des personnes en difficulté ou à risque d'y tomber, mais il ne pourra – aucun outil n'y parviendrait – répondre à tous les manques, à tous les besoins des personnes les plus en difficulté. Dès lors, en cours de route, le comité de pilotage devrait permettre des ajustements utiles. Ces repères pour adapter l'ensemble du Plan aux réalités de terrain sont encore à venir. Il serait utile que la Fédération soit invitée à faire partie de ce comité de pilotage. Nous voulons continuer à jouer un rôle, à travailler pour ce Plan et à valoriser la promotion de la santé. Elle n'est pas une cerise sur le gâteau de la santé. Elle donne d'excellents résultats en termes d'amélioration de la santé. Pour cette raison, on peut s'interroger sur le montant du budget qui lui est alloué. Actuellement, il est loin d'être gigantesque...

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